Pourquoi incarner un sujet santé ?

Communiquer sur un sujet de santé, ce n'est pas dérouler un exposé médical.
C'est transmettre ce que cette information recouvre pour ceux qu'elle concerne: un patient, un proche, un soignant. L'expertise n'est pas à taire ni à diluer, elle reste le fond.
Un fait médical, aussi rigoureux soit-il, ne devient utile que lorsqu'il rejoint l'expérience de quelqu'un. La question n'est donc pas de simplifier votre sujet, mais de le replacer dans un parcours d'un patient. Voici pourquoi, et comment.
Le sujet médical tient naturellement à distance
Un gène, un protocole, un dispositif réglementaire, une molécule: par nature, ces sujets sont abstraits. Ce n'est pas un défaut de communication, c'est la matière elle-même qui installe une distance.
Le réflexe le plus logique du monde, est d'expliquer. Poser le concept clairement, avec toute la rigueur et le sérieux qu'impose la santé.
Et c'est souvent là que quelque chose ne prend pas. Le spectateur a suivi, il a peut-être même compris, mais rien ne s'est accroché. L'information est passée devant lui sans le toucher. Non parce qu'elle était mal expliquée, mais parce qu'elle est restée une notion, alors qu'elle parlait en réalité de sa vie, de son corps, de ses proches.
Le froid n'est pas dans votre intention, il est dans le sujet. Et c'est contre lui qu'il faut travailler, pas contre votre façon de faire.
Donner un visage à l'information
Il existe un moyen facile de franchir cette distance, c'est raconter l'histoire et l'expérience d'un personnage.
Dès qu'un visage, un nom, un parcours portent l'information, le spectateur ne reçoit plus une explication. Il accompagne le personnage. Il se reconnaît, ou reconnaît un proche. Ce qu'il regarde le concerne soudain directement, car ce qui arrive à ce personnage, peut lui arriver.
Et ces personnages n'ont pas besoin d'être réalistes, au contraire. Un dessin simple, stylisé, en aplats, laisse justement de la place. Un visage trop détaillé serait celui d'un inconnu trop précis, tandis qu'une silhouette épurée devient quelqu'un en qui chacun peut se glisser, se reconnaître. Ce qui crée l'identification n'est pas la ressemblance, c'est la justesse du parcours.
Incarner ne veut pas dire appauvrir. L'expertise reste entière, mais elle se vit au lieu de s'énoncer.
La thérapie génique n'est plus une définition. Le règlement n'est plus une contrainte administrative. On n'a rien retiré au fond médical, on lui a seulement donné un chemin pour entrer chez les gens. Et ce qu'on a vécu à travers le regard de quelqu'un, on s'en souvient longtemps après avoir oublié les termes exacts.
Trois parcours qui le montrent
C'est ce fil que je suis dans chaque projet de santé. Aucun ne présente un concept de face, tous passent par une personne.
Pour les laboratoires Ducray, chaque vidéo épouse le parcours d'un patient: un bébé et son eczéma atopique, une adolescente et son acné, un jeune homme et sa dermite. On ne part pas du produit, on part de ce que vit la personne, et la solution apparaît au fil de son histoire, à l'endroit précis où elle prend son sens.




Pour GSC E-Santé Bretagne, le défi était plus ingrat encore: rendre vivante une matière réglementaire, l'identitovigilance, le dossier médical partagé. Nous avons suivi une résidente âgée en EHPAD, un jeune garçon en situation de handicap.
Le règlement le plus aride devient alors un parcours de soin qu'on regarde avec attention, presque avec tendresse, parce qu'il arrive à quelqu'un.






Pour Sensgène, le sujet touchait au plus difficile: la thérapie génique dans les maladies rares sensorielles.
Là encore, un homme, une histoire, et cette science difficile devient suivable, pas à pas, parce qu'on ne l'explique pas dans le vide.



Et dans chacun de ces récits, le patient n'est jamais seul.
Médecins généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmières, secrétaires médicales: tout l'entourage du soin est présent.
Parce qu'une information de santé ne circule jamais en l'air, elle passe dans un parcours réel. Le montrer, c'est dire à votre public qu'on a compris comment les choses se vivent vraiment.




Avant même de penser à l'animation, mon premier travail est de trouver la bonne personne. Quel patient, quel parcours, quel moment de vie portera le message le plus justement ?
C'est cette recherche qui décide de tout le reste. Je ne commence pas par dessiner, je commence par chercher qui raconte. Une fois ce personnage trouvé, les images viennent presque d'elles-mêmes, parce qu'elles ont enfin quelqu'un à accompagner.
Par où commencer
Alors avant de vous demander comment expliquer votre sujet, posez-vous une question simple et juste: à qui cela arrive-t-il ?
Cherchez cette personne, son moment, son parcours. Le reste, la clarté, la rigueur, la justesse, viendront se ranger autour d'elle. Car derrière chaque information de santé, il y a toujours quelqu'un.
Le donner à voir, c'est déjà prendre soin de ceux à qui l'on s'adresse.


