Une vidéo réussie : le plus difficile n'est pas ce que vous croyez
Faire une vidéo : le vrai travail n'est pas l'animation

Vous envisagez une vidéo, peut-être la première, pour présenter votre entreprise, votre produit ou votre service.
Vous avez beaucoup de choses à dire, et c'est parfaitement normal: vous connaissez votre sujet mieux que quiconque.
Mais ce réflexe, celui de vouloir tout faire entrer dans la vidéo, est justement ce qui va la faire échouer. Personne ne vous prévient avant de vous lancer. Autant le savoir maintenant.
On croit qu'une vidéo, c'est un texte qu'on met en images
Quand on n'a jamais réalisé de vidéo, on l'imagine comme une présentation. Une sorte de diaporama animé: vos arguments, vos textes, vos chiffres, rendus vivants par du mouvement et une musique. Alors on rassemble tout ce qu'on veut transmettre. L'histoire de la maison, les valeurs, les fonctionnalités du produit, les preuves, les références clients. Et on espère que l'animation rendra le tout digeste.
Ce réflexe est d'autant plus fort qu'il part d'une bonne intention. Vous êtes fier de ce que vous faites, vous craignez d'oublier un élément important, et chaque information vous paraît essentielle. C'est humain. C'est aussi, très exactement, la source du problème.
Une vidéo n'est pas une page
Une page, vous la relisez. Vous revenez en arrière, vous sautez un passage, vous vous arrêtez sur ce qui vous intéresse. C'est vous qui tenez le rythme.
Une vidéo, non. Elle avance, à sa vitesse à elle, et elle diffuse plusieurs choses en même temps: une image, du texte à l'écran, une voix, une musique. Votre spectateur reçoit tout cela d'un seul coup, et il ne peut pas revenir en arrière.
Là est toute la différence, et elle change absolument tout. Parce que le médium défile et superpose ses canaux, il ne peut pas porter grand-chose à la fois. Chaque seconde de « je voudrais aussi préciser que... » est une seconde où l'attention se relâche. Ce n'est pas un défaut de la vidéo, c'est sa nature même. Et cette nature vous impose une règle qu'aucune page, aucune brochure, aucun site ne vous avait jamais demandée: choisir.
Trop dire, c'est ne rien dire
Il faut se rendre à une évidence un peu désagréable: personne ne s'intéresse à vous autant que vous. Votre spectateur n'a pas votre patience, et il a raison, il a mille autres choses à regarder. Une vidéo qui essaie de tout dire ne paraît pas plus riche, elle devient floue. À la fin, submergé, le spectateur ne retient rien du tout. C'est exactement l'inverse de ce pour quoi vous avez payé.
À l'opposé, une vidéo qui dit deux ou trois choses avec force, on s'en souvient. Le message reste. Il circule. Il fait son travail.
Le vrai travail, c'est de décider ce qu'on ne dira pas
C'est la partie qui surprend tous les gens avec qui je travaille. Le cœur du métier n'est pas dans les images, il est dans le tri, en amont. Décider par quoi on commence. Ce que l'on garde. Et surtout ce à quoi on renonce.
Je le vois à chaque projet. Un client arrive avec douze fonctionnalités à montrer, et l'essentiel de notre travail consiste à passer de ces douze à la seule qui donnera envie d'en savoir plus. Non pas parce que les onze autres seraient sans intérêt, mais parce qu'elles ont leur place ailleurs: sur le site, dans un rendez-vous, dans une démonstration. Pas dans les quelques secondes où il faut donner envie.
En dire moins, ce n'est pas appauvrir votre message. C'est la seule façon de le faire arriver jusqu'à quelqu'un. Le plus difficile, et le plus précieux, c'est de renoncer.
Par où commencer, vraiment
Alors si vous préparez votre première vidéo, commencez par une question qui n'a rien à voir avec les images, ni même avec le budget: parmi tout ce que vous avez à dire, quelle est la seule chose que votre public doit absolument retenir ?
Répondez-y honnêtement, et vous avez déjà fait le plus dur. Le reste, le rythme, le style, la direction artistique, c'est mon métier. Mais ce premier choix, décider de ce que vous ne direz pas, c'est là qu'une vidéo se gagne ou se perd.


